C’est toujours le moment de lire, monsieur !

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Hachette – 280 PAGES – 15.90 €

17/20

La jeune Iliade a un don merveilleux : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie.
Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale !
Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Yo !

Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, sachez que j’ai adoré ma lecture. Je ne lui ai pas mis 17/20 pour rien. Cependant, j’ai un tas de critiques à formuler et il m’est très difficile de définir clairement les raisons pour lesquelles ce titre a été une tellement bonne découverte, à défaut d’être une surprise. Disons pour faire simple que j’ai réussi à passer outre toutes ses choses que je considère comme des maladresses et que je ne me l’explique pas. Ce qui, au final, est plutôt une bonne chose.

Commençons par l’éléphant qui se trouve dans la pièce. Il ne doit pas être agréable pour un auteur d’être constamment comparé à l’un de ses pairs et je m’excuse par avance auprès de Judith Bouilloc pour le paragraphe qui va suivre mais… Oui, ce roman est TRES largement inspiré de La Passe-miroir de Christelle Dabos. D’abord, les titres correspondent tous les deux au pouvoir de l’héroïne. Ensuite, l’univers est similaire. Les personnages évoluent dans ce qui semble être une autre version de notre propre monde et les lieux ainsi que les créatures pourraient tout aussi bien être issues de la tétralogie que du One-shot. Le personnage principal est une héroïne discrète (avec des lunettes et le cheveu rebelle) et passionnée par les livres, avec un pouvoir extrêmement rare. Elle va devoir partir à la capitale accompagnée d’un membre de sa famille pas vraiment commode, pour épouser un illustre inconnu de haut rang. Ce dernier se révèle être un homme taciturne, froid et plus ou moins balafré. Framboise sur le framboisier, la capitale d’Esmérie s’appelle… Babel ! Sérieusement ? Je comprends que l’idée de l’autrice était de rappeler au lecteur la tour de Babel, l’écriture, les jardins suspendus, etc. Mais franchement, un autre nom aurait tout aussi bien fait l’affaire.

La différence principale tient, à mon avis, au lectorat visé. L’arrache-mots a été écrit pour un public relativement jeune. De ce fait, j’ai trouvé que l’univers n’était pas assez développé. Les nombreuses références à des œuvres de littérature connues de notre monde laissent penser que, comme je l’ai mentionné plus haut, les personnages évoluent dans une version différente de notre univers. Comment notre monde a-t-il changé ? Pourquoi ? S’il s’agit d’une réalité alternative, comment les personnages parviennent-ils à se procurer des livres de notre époque/réalité ? Un lecteur plus jeune (que moi, j’entends) se satisfera peut-être du monde qu’on lui présente tel qu’il est, sans se poser de questions. Cela n’a malheureusement pas été mon cas.

L’action se concentre à la toute fin du récit et le reste est très prévisible. Le principal mystère consiste à savoir pourquoi c’est Iliade qui a été choisie et pas n’importe qui d’autre. Une fois cela découvert, tout va trop vite. J’aurais également aimé plus de descriptions (des lieux, des personnages, des créatures, des plantes, etc.).

En revanche, l’aspect politique est intéressant parce que l’autrice propose un monde en pleine mutation. On assiste à une vraie bonne révolution.

J’ai parlé de One-shot plus haut parce que l’épilogue laisse penser qu’il n’y a rien à raconter de plus. C’est vraiment dommage parce que ce titre ressemble plus à un premier tome avec une mise en place de l’univers et une introduction des personnages, certes pas assez approfondies, mais qui justement, aurait mérité tellement plus.

L’univers de Judith Bouilloc est centré presque exclusivement autour des livres. Il y a énormément de références littéraires et de citations, pas seulement directes. Une scène entre Iliade et Adil est presque un « copier-coller » d’un passage d’Orgueil et préjugés de Jane Austen : Iliade rétorque à Adil que si elle n’avait pas déjà d’autres raisons de refuser sa demande en mariage, le fait qu’il ne connaisse pas Racine est tout simplement un obstacle insurmontable. J’ai tout de suite pensé à Elizabeth qui envoie Darcy sur les roses en lui disant que même s’il lui avait fait sa demande avec toute la politesse du monde, elle l’aurait refusée à cause de sa conduite envers sa sœur. Et, même dans un contexte totalement différent, le « Peut-être lisez-vous trop de romans ? » d’Adil m’a immédiatement fait penser à la remarque d’Henry Tilney à Catherine Morland dans Northanger Abbey, toujours de Jane Austen.

J’ai trouvé qu’il y avait également trop de notes de bas de page. Les références bibliographiques de l’autrice auraient eu une meilleure place en fin d’ouvrage, justement dans une bibliographie dédiée. Comparativement, il y a au moins un terme qui aurait mérité une définition accessible directement en bas de page et qui a été complètement oublié : incunable. En tant que bibliothécaire, je sais qu’un incunable est un ouvrage publié avant l’invention de l’imprimerie. Mais ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde.

D’un autre côté, chaque oeuvre qui fait son apparition a une réelle utilité, un vrai lien direct avec l’histoire et ce qui s’y déroule à ce moment-là. L’autrice a bien choisi ses références. Sauf que parfois, on peut se demander s’il ne s’agit pas simplement d’une succession de références littéraire autour de laquelle Judith Bouilloc a construit son récit. Point trop n’en faut…

Iliade est un personnage un peu trop naïf mais qui possède une force de caractère impressionnante, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et qui n’hésite pas à dire ce qu’elle pense, qu’elle s’adresse à sa sœur ou au roi. Son pouvoir est vraiment beau mais déjà vu. Il m’a fait pensé à la série Cœur d’encre de Cornelia Funke ou à Histoires enchantées, film d’Adam Shankman sorti en 2008.

Evidemment, j’ai craqué pour le personnage masculin. Adil est froid, distant, taciturne, pas franchement mignon. Tout ce que j’aime… #jaibesoindunpsy Il se dévoile beaucoup trop vite à mon goût mais en moins de 300 pages, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement.

La couverture est somptueuse et la mise en pages est à tomber. Chapeau à l’éditeur pour ce joli travail !

Comprenez-vous pourquoi j’ai commencé cet article en disant qu’il fallait mettre les choses au clair ? J’avais pas mal de critiques à formuler par rapport à ce titre et pourtant, j’ai passé un excellent moment de lecture ! J’en aurais aimé plus, c’était bien trop court. C’est peut-être dû en partie aux 700 pages de Strike que je venais de terminer.

Si vous avez peur de vous lancer dans La Passe-miroir à cause du nombre de pages mais que l’univers et l’intrigue vous attirent, vous pouvez vous lancer les yeux fermés dans L’arrache-mots.

Et si ce titre parvient à donner envie à ses lecteurs de découvrir le même genre d’univers, la tétralogie de Christelle Dabos a encore de beaux jours devant elle.

Et vous ? Avez-vous lu L’arrache-mots ? Est-ce que je vous ai donné envie de découvrir ce titre, malgré mes « quelques » reproches ?

En attendant de vous retrouver dans les commentaires, je vous souhaite d’excellentes lectures et je vous dis à très bientôt pour un prochain article.

Tchao !

Edit : Quand vous avez l’opportunité d’échanger directement avec un auteur, c’est toujours un moment incroyable. J’espère sincèrement avoir la chance de rencontrer Judith Bouilloc sur un salon, rien que pour la remercier en personne d’avoir lu et répondu à ma chronique il y a quelques minutes, sur Instagram (@julie_claudette si vous voulez m’y retrouver). Voici sa réponse :

Merci pour cette critique hyper constructive et pour les interrogations soulevées. Pour le nom Babel… je me suis évidemment posée la question d’en changer à cause du 2e tome de la passe miroir que je n’avais pas encore lu lorsque j’ai écrit l’arrache-mots ( j’avais juste lu le 1er tome que j’avais adoré et qui largement inspiré l’Arrache-mots ). Babelia, Babelio ( déjà pris ), Babylone, Babelius mais je n’ai pas pu me résoudre à ce changement car tout simplement le mot bibliothèque vient de Babel, sachant que l’oeuvre de Borgès était aussi très présente dans l’arrache-mots et que l’une de ses nouvelles les plus célèbres est la bibliothèque de Babel… sachant que la tour de Babel est aussi très présente dans l’oeuvre de Hugo et dans une plus large mesure dans l’imaginaire de bien des auteurs classiques, sachant que j’ai bâti mon roman sur les grands récits fondateurs ( L’Iliade et l’Odyssée, les contes, les tragédie grecques, fables, la Divine Comédie ) … et que l’épisode de la tour de Babel dans la Bible en est un, Sachant donc que le nom Babel n’était pas une invention personnelle de Christelle Dabos, j’ai décidé à tort ou à raison de laisser le nom Babel… En ce qui concerne les références littéraires, j’ai vraiment construit mon récit autour… mon intention n’était pas d’écrire une énième saga steampunk… mais de livrer un roman fantastique court et centré autour de la littérature et destiné à des ados qui ne sont pas forcément de grands fans de lecture et d’oeuvres classiques.

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